On les trouve sous forme de comprimés, de gélules ou de tisanes. À en croire les fabricants, les compléments alimentaires offriraient tous les bienfaits. Relaxation en période de stress, affûtage ou performance sportive, il n’est pas facile d’y voir clair dans la jungle des étiquettes de produits décrits comme miraculeux. Bien souvent, ces arguments d’étiquetage font mouche auprès de coureurs blessés ou en baisse de forme.

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LES COMPLÉMENTS ALIMENTAIRES RESTENT DES COMPLÉMENTS

« Les sportifs doivent savoir que la performance dépend en premier lieu de l’entraînement et d’une alimentation saine, car les compléments alimentaires ne peuvent pas remplacer une alimentation équilibrée, diversifiée et adaptée aux besoins de la pratique sportive », affirme d’emblée le Dr Gilbert Pérès, médecin physiologiste du sport, responsable du diplôme d’université de nutrition du sport à la faculté de médecine de la Pitié-Salpêtrière. Tout simplement car ils ne sont pas prévus pour ça : « Ils répondent à un besoin bien spécifique pour compenser ponctuellement une insuffisance d’apport mise en évidence par un médecin ou un diététicien », poursuit le spécialiste. Il faut donc absolument abandonner l’idée qu’en avalant des poignées de cachets concentrés en vitamines, minéraux ou oligoéléments, nous serions plus endurants ou plus rapides.

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DES ÉTUDES BIDONS

« Il y a aujourd’hui beaucoup de discussions autour des compléments alimentaires. Sur un plan sportif, en termes de performance, ils n’ont jamais fait la preuve d’une quelconque efficacité », juge le Dr Pérès, par ailleurs vice-président de la Société française de nutrition du sport. Un certain nombre de fabricants de compléments alimentaires s’appuient sur des études impossibles à vérifier, ou tout simplement inexistantes.

LE MARKETING DE LA VITAMINE

D’après l’autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), une grande partie des messages publicitaires présents sur les étiquettes serait tout simplement faux. Sur 2 000 produits évalués, 90 % des allégations n’ont pu être démontrées, selon l’EFSA. Édifiant. Pour Michèle Rivasi, députée européenne (ELVV) et membre d’une commission sur la sécurité alimentaire, « les produits enregistrés comme compléments alimentaires profitent d’un vide juridique aberrant ». Les industriels classent leurs produits dans la catégorie du « dispositif médical », plutôt que dans celle des « compléments alimentaires ». Paradoxalement, cette classification « leur permet d’échapper aux études cliniques obligatoires pour prouver leur efficacité ».

Ce qui n’empêche pas les industriels de proposer ensuite à la vente ces mêmes produits comme compléments alimentaires. Selon cette eurodéputée, « l’EFSA devrait élargir les études cliniques obligatoires aux produits enregistrés dans la catégorie des dispositifs médicaux », ce qui pourrait empêcher les dérives. « Le problème est d’autant plus important avec les sportifs, s’insurge Michèle Rivasi. C’est un public captif, beaucoup plus sensible aux produits supposés naturels pouvant apporter un éventuel gain de performance ou de récupération. » Le marché des compléments alimentaires est donc un marché juteux, car les produits sont souvent coûteux. Un point de vue partagé par le Dr Menuet, médecin du sport spécialisé en nutrition du sport. « Internet, via des sites peu scrupuleux, offre aujourd’hui la vente à domicile, avec des arguments qui collent aux attentes : l’annonce d’effets miraculeux. » Sans oublier les potentiels effets secondaires, jamais mentionnés sur les étiquettes.

ÉNERGIE ET RÉCUPÉRATION

Les gels énergétiques ou les gâteaux pour le sport restent néanmoins couramment utilisés par les sportifs, notamment lors des efforts de longue durée (type marathon), essentiellement pour leurs propriétés énergétiques. Ils peuvent en effet apporter le sucre nécessaire aux muscles lorsqu’il vient à manquer et que les réserves en glucides s’épuisent. Mais il faut garder à l’esprit que ces produits peuvent être facilement confectionnés « à la maison ». En prenant, par exemple, un mélange d’eau et de jus de fruits, du sel, des abricots ou d’autres fruits secs, du miel ou des céréales.

Ce n’est pas très compliqué à faire, et la recette affichera sans doute la même valeur énergétique que bien des produits vendus en magasins spécialisés. Mais pour les marathoniens et les sportifs d’endurance, la question se pose également en termes de transport et d’utilisation, car il est moins aisé de sortir son Tupperware au 30e kilomètre que d’avaler un gel, « même si le gel ne va pas aider à la réhydratation, ce qui est le plus important dans ce type d’effort ».

En ce qui concerne la récupération, les choses sont sensiblement différentes. « Pour certains compléments, l’intérêt a été démontré, nuance le Dr Menuet. Des acides aminés comme l’ornithine et la citrulline permettent d’optimiser la reconstruction de la cellule musculaire qui a été broyée pendant l’effort. Ces acides aminés peuvent donc trouver leur place dans le conseil apporté à un sportif soumis à de grosses charges d’entraînement, pour optimiser la récupération. » D’autres compléments à base de betterave rouge crue, de dérivés de blé ou de gelée royale (miel) peuvent aussi apporter des bénéfices en termes de récupération.

UN TRAVAIL NÉCESSAIRE DE PÉDAGOGIE

Aujourd’hui, le comportement du sportif a beaucoup changé. Il recherche un résultat rapide, comme dans beaucoup d’autres domaines. L’objectif principal est d’obtenir des effets immédiats sans prendre le temps d’écouter son corps et de réfléchir à son sport. « Le sportif consent moins à mettre en place une démarche sérieuse sur le contenu de son assiette. On est dans le même constat que le cycliste à qui on n’apprend pas à écouter son corps. En revanche, on va lui parler de watts, de capteurs de puissance… », anayse le Dr Menuet.

« C’est tout un travail de pédagogie qui reste à entreprendre, constate le Dr Pérès. On économise sur les fruits et légumes en se rabattant sur les compléments alimentaires. Or les produits naturels sont mieux assimilés par l’organisme. Il faut adopter une alimentation équilibrée, diversifiée et peu transformée pour préserver le plus de nutriments essentiels dans son assiette. » La nutrition sportive est un domaine pointu qui demande une connaissance du sport et de l’athlète, et qui, selon le Dr Menuet, « n’a rien à voir avec la diététique d’une personne sédentaire car les mécanismes physiologiques, biologiques et hormonaux qui entrent en jeu sont complexes et relèvent d’une connaissance et d’une expérience spécifiques ».

Gare aussi à l’automédication, car mal consommés, les compléments alimentaires peuvent avoir des conséquences néfastes sur la santé et mener l’athlète à un dopage involontaire.