Sur le North Pole Marathon en 2012

Il est difficile de trouver plus opposés qu’une course dans l’Himalaya et les bureaux parquetés des grands cabinets d’avocats. Et pourtant, le grand écart est régulièrement réalisé par Alexandre de Gouyon Matignon, avocat spécialisé dans les « Fusac » (fusions-acquisitions) et ultra-traileur, participant régulièrement à des courses d’ultra-distance les plus dures de la planète.

Comment arrivez-vous à concilier votre vie professionnelle d’avocat et votre activité d’ultra-traileur ?

Je répondrais simplement : organisation et sacrifice. Je m’impose une organisation très dure, à la fois sur le plan des horaires, de l’hygiène de vie et de la répartition entre le temps de travail et le temps de course. Pour correspondre avec mes horaires de travail, je cours soit le soir soit la nuit. Quand je prépare un ultra, il m’est déjà arrivé de me lever à 4 heures du matin, de courir deux heures, puis de me recoucher…

Quelle est cette hygiène de vie qui vous permet d’enchaîner les ultras à 50 ans passés ?

Ce qui vient en premier, c’est le sommeil. Je dors neuf heures par jour. C’est quelque chose que j’entends assez rarement mais c’est primordial. Vous pouvez peut-être passer 48 heures sans dormir mais vous n’irez pas au-delà. Par exemple, se nourrir ou même boire, le corps humain peut s’en passer plus longtemps. Dans les faits, je ne me couche jamais après minuit pour un réveil autour de 8h, 8h30. Quand on prépare un ultra, le sommeil a vocation à favoriser la récupération. Si vous vous entraînez et que vous dormez mal, c’est comme si vous vous entraîniez à moitié.
Le second élément, c’est l’alimentation. Je suis devenu végétarien depuis deux ans. Même s’il m’arrive de faire quelques entorses à cette règle en mangeant parfois des fruits de mer… C’est un choix moral parce que je ne suis pas en accord avec la souffrance animale. J’ai senti une vraie évolution, j’ai l’impression que mon métabolisme évolue de manière plus naturelle, plus harmonieuse.

Vous parliez de sacrifice. Que voulez-vous dire ?

Sacrifice est un terme un peu fort mais il y a des choses dont je me prive, ou que je fais moins que d’autres. Je sors peu et je prends moins de vacances que d’autres. J’ai dit cela parce que, pour la majorité des gens, ces concessions sur la vie sociale seraient des sacrifices. Mais moi, ça ne m’intéresse pas spécialement, de sortir. Cette vie « en reclus » me permet de gagner beaucoup de temps, je suis moins occupé que d’autres.

Où et comment s’est déroulée votre dernière course ?

C’était une course dans l’Himalaya, The High. On monte et on descend entre 3 500 et 5 500 mètres d’altitude sur 111 km, en une étape. Il a fallu que j’arrive une semaine avant le départ de la course, à Leh, en Inde. J’ai dû réaliser un travail d’acclimatation, en courant chaque jour à des altitudes de plus en plus hautes pour habituer mon corps au manque d’oxygène.

Comment avez-vous décidé de vous lancer dans l’ultra ?

Je faisais des 20 km, des marathons… et j’avais vu un article parlant des 100 km de Millau. Au début, je trouvais ça complètement fou. Quand on n’a pas fait d’ultra, on imagine un monde mystérieux, on ne sait pas si le corps est capable de courir 100 km. Je me suis entraîné, et ça a marché. Ensuite, j’ai fait de plus en plus d’ultras dans des environnements de plus en plus difficiles. J’avais envie de savoir jusqu’où je serais capable d’aller, d’avoir le sentiment de faire quelque chose d’unique, d’extraordinaire.

Dans son cabinet parisien, où il intervient sur des opérations internationales en fusions-acquisitions.

Quand est-ce que la course à pied a intégré votre vie ?

Jeune, quand j’étais en pension en Irlande, j’ai commencé à courir. J’ai continué sérieusement pendant mon service militaire, alors que j’étais officier parachutiste à Pau. Après une pause, je me suis remis à courir à 27-28 ans et depuis je n’ai jamais arrêté.

Qu’est-ce que vous recherchez dans l’ultra ?

D’abord une certaine performance, je vise de terminer dans le premier tiers. Ensuite, le dépassement de soi sur le plan physique et sur le plan intellectuel. Quand vous courez 24 heures, il y a beaucoup de choses qui changent. On atteint presque un état second. Toujours dans cette optique de sensation, je cours pratiquement sans équipement. Même l’hiver, je cours torse nu. Physiquement, c’est très agréable et moralement on s’approche d’une certaine forme de pureté.

Votre projet du moment, c’est le lancement de The Ultra 5, une série de courses sur les cinq continents. La première étape a eu lieu en avril 2016, en Afrique du Sud…

On organise cette course, 250 km en une semaine, dans le parc national du Cederberg, au nord du Cap. Le parcours présente un relief spectaculaire, on ressent vraiment l’Afrique avec ces grandes plaines ocre, et à côté de ça, il y a des formations rocheuses très spécifiques.

Votre famille parvient à comprendre ce temps passé à préparer les courses et à courir ?

J’ai la chance d’avoir une femme très compréhensive… On est mariés depuis trente ans, elle a même couru un ultra, la Saintélyon, il y a quelques années.

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