La belle étape ! Comme chaque année, j’ai pris la (sage) décision dès le départ de m’arrêter la nuit entière au CP4, km 49. Non seulement, j’ai ainsi pu diviser l’étape en deux gros morceaux plus accessibles mais la vraie nuit passée dans mon duvet au beau milieu de petites araignées blanches nocturnes a été délicieusement reposante. Contrairement aux autres jours et étant donné le bon état de mes pieds, j’ai souvent couru. Par tranches d’une vingtaine de minutes, alternant avec des pauses d’une quinzaine de minutes et des moments de marche de 5 à 15 minutes, j’ai ainsi pu dépasser de nombreux concurrents. Malgré cela, et bien que je ne regarde pas le classement, je pense être dans la bonne seconde moitié du tableau. La plupart des concurrents sont ici particulièrement obsédés par le classement. Selon moi, cela n’a pas tellement de sens ; mais c’est sans doute parce que je ne suis pas capable de me battre pour des places.

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À moins d’être dans un top 100, je ne vois pas bien l’intérêt d’être 367e ou 543e, par exemple. Cette course est tellement hors normes que la terminer est un exploit en soi. Il a aussi fait très chaud aujourd’hui : 49 °C ont ainsi été relevés en milieu de journée, ce qui est assez terrible pour les organismes et le mental : l’eau que l’on boit est toujours chaude, et fade, et il faut penser à prendre régulièrement des pastilles de sel (2 par litre et demi environ) sous peine de déshydratation, c’est-à-dire de ventre gonflé, de vomissements et de malaise pour finir. Vous avez soif mais vous ne pouvez rien avaler sans tout recracher. Bref, la déshydratation est un martyre et il faut la fuir comme la peste.

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Pas facile ! Pas facile de boire régulièrement par petites gorgées quand vos pieds sont pleins d’ampoules suintantes et vous obsèdent, vos épaules sont sciées par votre sac à dos où vous emportez vos vivres pour la semaine, et vos yeux, remplis de sueur et de crème solaire. J’ai pris une douche en rentrant. Après 28 heures de course, c’était très agréable. Deux bouteilles d’eau versées sur la tête, un brin de savon emprunté à Adam Bean, mon collègue américain de Running Times, et seul, à me gratter la peau crasseuse, à quelques centaines de mètres du bivouac. En quelques secondes, l’eau était chaude et en quelques autres secondes, j’étais de nouveau sec.

Demain, avant-dernière étape : le marathon. 42,195 km de douceur, sous le soleil, les pieds dans le sable. Des vacances, quoi ! 7 abandons sur cette longue étape. 34 depuis le départ. Je pense à vous. Pensez à nous.