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La course à pied et l’alcool ont une longue histoire commune. Que ce soit dans un passé lointain ou encore actuellement, l’alcool reste très présent chez les sportifs. Évidemment, encore aujourd’hui, il est déconseillé de consommer de l’alcool avant une course

ÉVITEZ LES MÉLANGES 

Pour beaucoup de raisons, « le sport et l’alcool ne font pas bon ménage », rappelle le médecin-nutritionniste du sport Jean-Jacques Menuet. Il n’interdit pourtant jamais de boire à ses patients. Tout est une question de modération : « Une coupe de champagne pour arroser une victoire ou quelques verres après l’effort restent quelque chose de tout à fait sympathique. Mais les quantités doivent être maîtrisées. » Le médecin de l’ancienne équipe cycliste professionnelle Sojasun a travaillé avec plusieurs athlètes de haut niveau. Le milieu de la course à pied est nettement moins exposé selon lui aux problèmes d’alcool que les disciplines collectives, dans lesquelles le phénomène d’entraînement est plus fort. Il conseille de privilégier un bon vin rouge – « pas plus d’un verre par jour » –, riche en fer, et d’éviter les mélanges. 

LE MYTHE DE LA BIÈRE D’APRÈS-COURSE 

La fameuse « bière d’après- course » relèverait en revanche du mythe. « Elle ne présente aucun intérêt nutritionnel pour la récupération », confirme Frédéric Maton, médecin de l’Institut de recherche en bien-être, médecine et sport santé (IRBMS) et président de la Société française de nutrition du sport (SFNS). « Au contraire, la bière déshydrate, alors que c’est après l’effort que les besoins en eau sont les plus importants. » Le spécialiste tord le cou à une autre idée reçue : un footing, même léger, ne permet pas d’éliminer la gueule de bois. « Il n’y a métaboliquement pas de raison de mieux récupérer de cette façon. L’athlète cherche ainsi surtout à se déculpabiliser après un excès, à “se nettoyer” par l’effort. »

LE SPORTIF PLUS VULNÉRABLE AUX ADDICTIONS 

Un sportif soumis à de grosses charges d’entraînement serait, d’après son confrère Jean-Jacques Menuet, « un candidat sérieux à l’addiction ». L’exercice physique favorise en effet la sécrétion d’endorphine, une hormone responsable d’un sentiment de bien-être, de jouissance. Un peu comme une drogue. « Quand le cerveau n’a plus cette récompense, l’athlète peut être tenté de trouver une compensation dans l’alcool », explique le médecin.

ALCOOL ET RUNNING : PAS INCONCILIABLE 

Certains coureurs, comme Tim Cigelske, arrivent à concilier les deux plaisirs. Cet Américain est plus connu sur les réseaux sociaux sous son pseudonyme : « The Beer Runner ». Il a eu l’idée, pour ses 30 ans, de se lancer un défi original : courir au moins un mile (1,6 kilomètre) et boire au moins une bière chaque jour pendant un an. Il s’est finalement astreint à ce régime pendant trois ans et affirme dans un blog qu’il ne s’est « jamais senti aussi en forme » de sa vie. « J’avais essayé une fois de ne pas boire du tout d’alcool pendant un mois avant un marathon, raconte Cigelske. Je pensais pouvoir courir plus vite, dormir mieux et perdre du poids, mais ça n’a rien changé. Alors, autant continuer à se faire plaisir. »

L’ALCOOL : ARGUMENT DE VENTE POUR CERTAINES COURSES 

Le plaisir, c’est ce que recherchent les milliers de coureurs qui prennent chaque année le départ du marathon du Médoc. La course a vu le jour en 1984 à l’initiative de quatre médecins et de deux viticulteurs tout juste rentrés de New York. Au milieu des vignes et des châteaux, dans une ambiance festive incomparable, la course est devenue une institution, copiée depuis aux quatre coins du pays. On ne vient pas battre son record au Médoc, le « plus long marathon du monde ». Seulement profiter du terroir tout en faisant du sport.

Pour l’organisateur, Vincent Fabre, lui-même viticulteur, les deux ne sont pas forcément incompatibles : « Les mondes du sport et du vin ne sont pas si éloignés. On y retrouve les mêmes notions de joie de vivre, de convivialité, de partage. Et une consommation modérée de vin rouge est bonne pour la santé. » Limité à 6 heures 30 minutes pour que les concurrents ne s’attardent pas trop aux ravitaillements, le Médoc attire plus de 40 % d’étrangers, dont des Japonais venus en repérage en 2013 pour organiser un marathon du saké au pays du soleil levant.

L’ALCOOL ET LA COURSE À PIED : UNE HISTOIRE D’AMOUR 

L’Américain Thomas Hicks a notamment remporté le marathon des jeux Olympiques de Saint-Louis, en 1904, grâce à l’aide d’un drôle de breuvage – œufs crus, strychnine et brandy – tendu par son entraîneur à une dizaine de kilomètres de l’arrivée, pour combattre une défaillance. Le grand Zátopek, quatre fois médaillé d’or aux JO sur 5 000 m, 10 000 mètres et marathon, préférait la bière, qu’il aurait même consommée parfois en pleine compétition. Autres temps, autres mœurs.