Vincent Luis : « Pendant 2 ans, je vais me faire plaisir en course à pied »

Le triathlète français Vincent Luis a expliqué pourquoi il n’est pas parvenu à remporter l’épreuve olympique, et de quoi son avenir allait être fait, juste avant une séance de fractionné ouverte au public, organisée par son sponsor Nike au Stade Charlety à Paris. Et la course à pied devrait occuper une place prépondérante ! Comment se sont passés les … Continue reading Vincent Luis : « Pendant 2 ans, je vais me faire plaisir en course à pied »

14 septembre 2016
© Nike

Le triathlète français Vincent Luis a expliqué pourquoi il n’est pas parvenu à remporter l’épreuve olympique, et de quoi son avenir allait être fait, juste avant une séance de fractionné ouverte au public, organisée par son sponsor Nike au Stade Charlety à Paris. Et la course à pied devrait occuper une place prépondérante !

Comment se sont passés les 27 jours qui ont suivi l’épreuve olympique ?
Depuis que j’ai passé la ligne des Jeux, je ne me suis pas entraîné. Je laisse passer ce weekend pour faire un peu la fête, et je reprends lundi. Le repos fait du bien. Du moins les deux premières semaines. Tu peux aller manger une pizza, boire un verre… Puis les deux dernières semaines sont plus d’ordre psychologique. Car j’ai envie de reprendre l’entraînement. Même si après 15 jours j’ai déjà récupéré, je coupe 1 mois entier pour me dire : « j’ai bien été frustré, donc je peux y retourner ».

Avez-vous pris du recul depuis les Jeux ?
Je n’ai pas voulu débriefé à chaud avec mes coaches. On a pris notre temps, attendu de rentrer pour discuter, d’échanger autour de plusieurs diners. J’ai ressenti des choses que mes coaches n’ont pas vu, et inversement.

Comme quoi ?
Dès le début de la course à pied par exemple, ils ont bien vu que j’étais crispé. Aussi, 2 jours avant l’épreuve olympique, j’ai oublié mes gels pour la course. Ils ne me l’ont pas dit tout de suite, mais c’était un truc qui ne me ressemblait absolument pas. Tout un tas de petits trucs qui ont leur importance. Mais avec Maxime Hutteau et Farouk Madaci, mes coach natation et course à pied, on est d’accord pour dire qu’il n’y a pas eu de soucis de planification ou d’entraînement. On a tout étudié depuis 4 ans et on sait que ça fonctionne comme ça. Ça n’a pas fonctionné aux JO, mais ça a fonctionné 10 fois avant.

Qu’est-ce qui n’a pas marché aux Jeux ?
Dès le début de la course, j’ai senti que ce n’était pas une bonne journée. Dès la natation et même sur le vélo, j’ai vu que c’était compliqué. Tout le monde me dit que c’est sur la course à pied que j’ai eu du mal, mais c’est là où ça se voit. Alors que ça se joue avant. J’ai pris beaucoup de relais en vélo, mais c’était ma stratégie. Si j’avais été en forme, j’aurais fait la même chose. Je me suis entraîné pour gagner. J’avais des cartes en main, je les ai posées sur la table, et ça n’a pas suffi. Je suis déçu, mais je suis rentré à la maison sans aucun regret. Je venais pour l’or, et je fais 7e.

Vous avez été lâché par les frères Brownlee 1500/2000 m après le départ de l’épreuve de course à pied, comment s’est passée la suite ?
Honnêtement, dès le départ de la course à pied, je savais que ça allait être un chemin de croix, et qu’il allait falloir survivre. Je ne savais pas comment les autres se sentaient, car l’épreuve de vélo était très intense. Donc je me suis dit qu’il fallait tenter. Quand je me suis fait lâcher par les deux frangins (médaillés d’or et d’argent), je savais que j’allais me faire ramasser. Je me suis dit que je perdrai des secondes mais que si je pouvais les rattraper sur la fin, ce serait bien. Mais j’ai senti que ça ne faisait que de ralentir, c’était perdu. Donc que ce soit la 5e, la 7e ou 10e place, ça n’a rien changé pour moi.
En triathlon, la France n’a jamais eu de médailles olympiques, donc une médaille aurait pu sauver la face. Mais pour moi, les Jeux, tu les gagnes ou tu les perds : le deuxième est le premier des derniers. C’est une philosophie, mais c’est la mienne. Je ne m’entraîne pas 40 heures par semaine pour faire deuxième !

Vous avez laissé planer le doute quant à la suite de votre carrière, mais vous avez annoncé que vous repartez pour 4 ans. Qu’est ce qui a fait pencher la balance ?
En franchissant la ligne d’arrivée, je me suis dit : tout ça pour ça ? Je suis passé à côté de pas mal de trucs. J’ai commencé à m’investir totalement dans le tri à 21 ans. Un jeune de cet âge n’aspire pas à s’entraîner 8h par jour, se coucher à 21h et se lever à 6h du mat’… Je l’ai fait, je ne le regrette pas.
Je me suis beaucoup posé la question pour savoir si je devais le refaire ou pas. Et j’ai regardé comment la course s’était passée, la carrière que j’ai eue jusque-là. Je me suis demandé : dans 4 ans, penses-tu pouvoir être meilleur, et gagner les Jeux ? La réponse est clairement oui. Depuis que j’ai commencé le triathlon, mon rêve c’est de gagner les Jeux. Donc tant que je suis persuadé que je peux le faire, je ne peux pas passer à côté.

« Je pense que je suis capable de faire 1 h 03 min sur semi »

Que pouvez-vous améliorer ?
Je pense qu’il faut que je fasse plus de compétition, car je me suis beaucoup entraîné pendant ces deux dernières années. Quelqu’un comme Javier Gomez Noya, quintuple champion du monde, fait quasiment 30 courses par an. Et ça marche ! Je ne sais pas si ça va le faire pour moi, mais je vais essayer. Pendant 2 ans, je vais faire plus de compétitions, et on verra le résultat. Le volume d’entraînement va donc s’alléger. Je pense aussi moins nager, car c’est mon point fort, et c’est ce qui me fait le moins vibrer. Mais je vais plus courir, prendre plus de dossards dans des épreuves de course à pied.

C’est dans la course à pied que vous prenez du plaisir ?
Oui, c’est clairement ce que j’aime le plus. Même l’année dernière, je voulais absolument faire plus de courses indoor, des cross (Vincent Luis est vice-champion de France 2016 de cross-country, ndlr). Mais je me suis un peu calmé, grâce à mon coach.

Vous posez-vous la question de vous consacrer uniquement à la course à pied ?
Oui clairement. Mais il faut savoir raison-garder, et ce que j’aime, c’est gagner des courses en triathlon. Donc il faut que je me donne les moyens.

Qu’aimez-vous dans la course à pied ?
Les athlètes. Ils ont un physique énorme. Quand je voyais les batailles entre Hicham El Guerrouj et Noureddine Morceli, les 5000 m de Vénuste Niyongabo, ça me passionnait. D’ailleurs, quand j’ai rencontré Vénuste Niyongabo grâce à mon sponsor, il m’a demandé de lui raconter ma course. Je venais de faire 3e d’une étape de coupe du monde de triathlon. Mais je lui ai dit : « Non, c’est à toi de me raconter ton 5000m des JO d’Atlanta ! » (Niyongabo a remporté le titre olympique, ndlr). Puis je m’entends super bien avec Mo Farah, nous avons fait pas mal de séances ensemble à Font-Romeu. J’adore l’esprit d’aller courir plus de 200 km par semaine.

Quelle est votre distance favorite ?
Le 5000 et le 10000 m. Mais je vais faire plus de cross internationaux. Un peu d’indoor avec du 1500 et du 3000, faire quelques meetings. Pendant 2 ans, je vais me faire plaisir sur ces disciplines.

Avez-vous déjà des courses de prévues ?
Je vais participer au 10 km Paris Centre le 2 octobre, et courir la San Silvestre Vallecana, une course de 10 km à Madrid le 31 décembre. Puis très probablement faire un semi-marathon en fin d’année. Je pense que je suis capable de faire 1 h 03 min sur semi. Après, le marathon fait rêver aussi. Mais pas pour tout de suite, car ça s’éloigne beaucoup du triathlon…

Publicité

 
Vous aimerez aussi